24/03/2010

Carte blanche de ceux que l'on ne croise pas dans les journées d'étude sur le handicap

Carte blanche de ceux que l'on ne croise pas dans les journées d'étude sur le handicap

 

 

 «Le Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale organise ce 23 mars une  journée d’étude consacrée à l’emploi des personnes handicapées.

 

Cette journée d’étude a comme objectifs de clarifier la situation actuelle, de prouver qu’il est possible d’accueillir des personnes handicapées ainsi que mettre en lumière les points de friction entre la législation et la pratique. Pour y parvenir, différents acteurs de terrain interviendront pour partager leurs expertise et expériences.

 

L’après-midi de cette journée sera consacrée à des ateliers dans lesquels les participants pourront se réunir autour d’une thématique plus spécifique en lien avec l’emploi et le handicap ».

 

D’aussi loin que leurs expériences de terrain activent des bribes de leur mémoire, les conseillers-emplois qui accompagnent les personnes en situation de handicap se souviennent de journées d’étude sur ce thème.

 

En faisant l’économie d’une énumération exhaustive de ces rencontres au demeurant fort intéressantes, cette énième journée d’étude oxygènera-t-elle la mise en œuvre de dispositifs d’insertion socioprofessionnelle pertinents ?

 

Dans toute question se trouve la réponse et voilà qu’un doute en jaillit. Pour nous, l’intégration socioprofessionnelle des personnes en situation de handicap dépasse le concept d’accueil comme présenté ici.

 

L’accompagnement des personnes en situation de handicap ne fait pas des conseillers-emploi des guides touristiques vers une situation professionnelle accueillante mais plutôt des interfaces entre employés-employeurs qui sur le long terme veillent à l’embauche mais également au maintien dans l’emploi.

 

L’axe de réflexion de cette journée apparait, donc, suranné et il est temps de prendre mesure et leçon des réalisations concrètes de terrain voire d’exemple unique mais souvent mis en doute par quelques théoriciens de l’intégration.

 

L'absence de témoignages de services ou initiatives spécifiques d'insertion professionnelle, l'absence des personnes directement concernées nous fait croire qu'un périmètre de sécurité est déployé. Nombre d'employeurs ont,  bien avant que la notion de "diversité" ne devienne un leitmotiv, fait ce pari, sans tambour ni trompette, d'intégrer dans leur équipe des personnes handicapées. Ces oublis volontaires nous posent question.

 

Quel doit être le dispositif d’accompagnement pour une personne sourde de langue maternelle langue des signes n’ayant aucune deuxième langue dominée que ce soit le français ou le néerlandais ?

 

Quel doit être le dispositif d’accompagnement si de plus cette personne cumule une situation sociale fragilisée ?

 

Quel doit être le dispositif d’accompagnement pour une personne déficiente intellectuelle ? Pour une personne trisomique ?

 

"Une société se juge à la façon dont elle s’occupe des plus faibles des siens."

 

Hélas, les participants à cette journée vont à nouveau perdre l’occasion d’enrichir concrètement leur savoir mais surtout d’essaimer d’excellentes pratiques de terrain car des initiatives éludées mériteraient d'être mises en avant et permettraient d'élargir la réflexion. Citons par exemple l’asbl Chambre d'Autre à Etterbeek, asbl Les services de l'APEM-T21 à Verviers, le Service d’Aide pour personnes sourdes à la Recherche d’Emploi en Wallonie, etc.

 

Ces initiatives s’intéressent à l’accompagnement vers l’autonomie et à l’intégration socioprofessionnelle non seulement de personnes déficientes auditives mais également déficientes intellectuelles et mentales. Développer l’inclusion dans l’emploi des personnes handicapées dans la philosophie du nouveau paradigme drainé par la convention ONU, c’est accompagner les publiques les plus fragilisés et construire empiriquement de bonnes pratiques valides pour tout un chacun où la base théorique est  la notion de temps à donner pour une démarche réussie. D’ailleurs, Monsieur le Secrétaire d’Etat aux affaires sociales, chargé des personnes handicapées en a fait le fil rouge de son action politique.

 

Le handicap doit être maintenant appréhendé comme une construction sociale et l’accueil non adapté dans l’emploi et la formation pour certaines personnes déficientes entrave l’exercice de leurs droits fondamentaux et notamment ici, le droit à la formation et au travail. 

 

En espérant que cette journée évitera d’énoncer des certitudes déjà connues et d’enfoncer des portes ouvertes, il est temps d’avoir le courage de prendre le temps de réussir l'accompagnement et l'insertion.

 

Quant au doute évoqué plus haut, il s’est mué en partie en une certitude.

 

En effet, la préparation de cette journée d’étude prouve qu’il est possible d’accueillir des personnes handicapées excepté les personnes sourdes de langue maternelle langue des signes, le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale n’ayant pas le budget pour prendre en charge l’interprétation en langue des signes francophone ou néerlandophone des divers débats et présentations programmés ce 23 mars.

 

Encore une  journée d’étude consacrée à l’emploi des personnes handicapées où les personnes sourdes ne seront pas entendues.

 

Et pourtant c’est l’addition des toutes les différences qui donne une plus value à notre société.

Olivier Deville

Président des Sourds et Malentendants Socialistes

 

11:12 Écrit par Sourds et Malentendants Socialistes dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |