
Willy Taminiaux.
Il a été député, sénateur, ministre, président du Parlement, bourgmestre ... Mais c’est avant tout pour sa croisade exemplaire en faveur de la personne handicapée et différente que notre quotidien propose la candidature de Willy Taminiaux
>Willy Taminiaux, quel est le combat le plus récent que vous ayez remporté dans ce domaine?
Le sauvetage de l’atelier protégé Eugène Deneyer, il y a quelques mois. J’ai été le seul à m’opposer à sa liquidation. De discussions en tractations, je suis parvenu à convaincre les administrateurs. Aujourd’hui, 108 personnes continuent d’y travailler. J’ai refusé qu’on supprime la menuiserie. Au contraire, j’ai poussé à de nouveaux investissements. Pour le bois et la mécanique. Le gros morceau, c’est la chaufferie. Mais le plus important, c’est le soutien au personnel d’encadrement: chefs de projet, de production, adjoint à la direction... Ces personnes représentent le futur de l’atelier.
>Et dans quelques jours, vous allez inaugurer la première triennale “ Regards dans l’art hors normes ” à Seneffe. C’est aussi l’un de vos bébés.
Oui et sans doute le plus beau, le plus abouti. Ici, les personnes handicapées sont considérées comme des artistes. Point final. Plus besoin de parler d’accueil, d’intégration: les créateurs ce sont eux. C’était mon souhait le plus profond d’en arriver là. Un chemin entamé en 1960. À l’époque, j’étais instituteur. J’avais bien remarqué les difficultés de certains de mes élèves. J’avais créé des classes “ spéciales ” annexées à l’enseignement ordinaire. Un système génial auquel un arrêté national a mis fin en 1972. À partir de là, mon travail de fond a commencé. Savez-vous que le terme de “ personne ” handicapée n’a été employé pour la 1ère fois qu’en 1981? Je me souviens de ces gamins handicapés que l’on cachait dans la cuisine ou dans une remise lorsque les parents avaient de la visite. On est passé d’un concept “ d’élimination ” de la personne, à la dissimulation. Puis, par une attitude de “ charité ” envers elle. Il y a eu des phases d’exploitation de la personne handicapée. Il a fallu créer des conventions. Enfin, on en est arrivé à une notion d’intégration. Et aujourd’hui, ce sont ces mêmes personnes qui sont les vedettes d’une grande exposition.
>Vous évoquez quatre grands principes qui ont guidé votre façon d’agir.
Un: il faut maintenir la personne autant que possible dans son milieu naturel. Deux: il ne faut pas créer d’unités spécialisées. C’est au service déjà existant à s’adapter aux personnes différentes. Cela oblige tout un chacun à s’ouvrir à l’autre et à réfléchir un peu. Et au final, on réalise de grosses économies budgétaires. Trois: il faut associer le plus possible la personne handicapée au processus de décision la concernant. Une personne atteinte de trisomie, par exemple, peut exprimer à sa manière ce qu’elle souhaite et ce qu’elle apprécie. Quatre: il faut cultiver la notion de transversalité. Il ne faut pas nommer un ministre pour les personnes handicapées. Les préposés au Logement, à l’Action Sociale, à l’Emploi ou aux Transports ont tous à se soucier aussi de cette catégorie plus fragilisée de leurs concitoyens.
>Nous vivons dans une société de l’image de plus en plus normative. Quelle y est aujourd’hui la place des personnes différentes?
Mon bilan reste positif. Je pense sincèrement que les choses vont beaucoup mieux aujourd’hui. La société est plus ouverte et plus tolérante. Le rapport d’égal à égal est presque devenu possible, même s’il reste beaucoup de combats à mener. Tout est dans le regard que l’on pose sur le monde. Et tout se reflète dans le regard des hommes. Tristes, hallucinés, déterminés, éclatants, angoissés... Les yeux sont le miroir de l’âme. Comme en témoignent les tableaux de nos artistes, à Seneffe.












